Dimanche 12 décembre 2010 7 12 /12 /Déc /2010 15:12

 


 
Par Ouled Harkat - Publié dans : Cheikh Ziane
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Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 19:51

Cheikh Ziane Achour,

le méconnu ( 1ere partie)

 

collection N. ACHOUR       

       

 

Novembre 1956-novembre 2006, il y a cinquante ans tombait au champ d’honneur le  Cheikh Ziane Achour, à Oued Khalfoun, non loin de  Djebel Thameur ou trouveront la mort trois années plus tard Amirouche et Haoues.

        Le cheikh Ziane Achour a marqué de son empreinte une grande partie des régions sud du pays , notamment la région centrale des Hauts Plateaux ,les régions du Djebel Ammour , les monts des Ouled Nail , le Ziban , l’oued Righ , la région de Ouargla etc.….

        Partout dans ces régions, les vielles personnes se rappellent aujourd’hui encore de cette légende vivante que fut cet homme que le petit peuple a adoubé et se plaisait à designer sous le titre de « Cheikh » et à comparer  à Omar Ibn El Khattab, le calife de l’Islam tant il faisait preuve de vertus de moralité, de justice et d’équité, un homme devenu au yeux de ces populations frustes «  une sorte de marabout » (1)

        Toutefois, les historiens  lui ont consacré très peu d’écrits  Son nom  est parfois  évoqué dans des  écrits  sur l’histoire des premières années de la guerre de libération nationale mais de manière très marginale et très confuse.  Il est tantôt  « chef FLN », tantôt « chef de bande indépendant », souvent « chef messaliste ». On parle également d’un courant « Zianiste », de« dissidence zianiste ».Certains acteurs témoins l’évoquent avec respect, tel Mohamed Djeraba, officier de l’ALN, responsable politique au lendemain de l’Indépendance pour lequel « Si Ziane  est un héros “ostracise” et très peu connu » (2) .  « Ostracisé »  peut-être parfois délibérément mais souvent par une ignorance  comme on le verra plus loin. Les autorités officielles du pays semblent vouloir l’ignorer.

Pourtant, il semble qu’elles aient été obligées sous la pression populaire d’accepter de donner le nom de Ziane Achour au centre universitaire de Djelfa et à l’hôpital de la ville de Ouled Djellal  dans la wilaya de Biskra.

Les moudjahidines de la wilaya de Djelfa  et ceux de la wilaya de Biskra lui rendent à chaque occasion  hommage par des cérémonies de recueillement ou des publications  commémoratives.

Mais qui est donc Ziane Achour ?

 

 

Qui est donc Ziane Achour ?

       Ziane ACHOUR est ne en 1919 dans la petite localité d’El Bayadh, dans l’actuelle  commune  des Ouled Harkat de la wilaya de Biskra. Il est façonné dans les traditions conservatrices arabo-islamiques de cette région de l’Algérie profonde. Il poursuivit donc sa première éducation à la zaouïa de  Ben Remila  à El Goussiaat puis à Ain El Melh dans l’actuelle wilaya de M’sila ou il assimila, à quinze ans, le Coran et enfin à la célèbre zaouïa de Cheikh El Mokhtar à Ouled Djellal.

        Des la fin de ses études et juste avant la deuxième guerre mondiale, il est appelé a effectuer son service militaire dans les rangs de l’armée française. Il resta mobilisé durant toute la deuxième guerre mondiale et ne sera démobilisé qu’en 1944.

        En 1945, marqué par les événements de Setif, Guelma et Kherrata, il s’engage dans le combat politique dans les rangs du PPA, puis dans le MTLD au sein duquel, il assure les fonctions de responsable de la propagande et de l’information dans la région de Ouled Djellal.

Il est à maintes reprises arrêté par la police coloniale.

Une pièce d’archives conservée aux archives de la wilaya de Constantine, pièce datée du 23 avril 1945 atteste que «  le secrétaire régional de Tébessa demande au SG de la section de Ain Beida d’envoyer un télégramme aux ministre de l’Intérieur, au GG et aux commandants du territoire militaire de Touggourt dans les termes suivants :  « Protestons contre violation local des Amis du Manifeste d’Ouled-Djellal, par autorité locale  stop  contre arrestation membres et dirigeants section Ouled-Djellal et Sidi Khaled stop contre intimidation population affamée par force armée… » (3)

Il ouvre alors une épicerie puis un café maure à Ouled Djellal,  « le Café de la jeunesse »,  couverture  pour ses activités politiques. « Le café de la jeunesse devint en réalité le siège du parti et un centre ou les jeunes nationalistes de la région de Ouled Djellal recevaient une formation politiques et étaient informés des directives du parti.

Ziane Achour est alors plusieurs fois arrêté, notamment suite aux élections Naegelen du 4 avril 1948. Son café fut fermé et il lui fut interdit toute activité politique mais également toute activité commerciale.

Il fut donc contraint d’émigrer  en France pour travailler. Il  s’installa alors dans la ville de Lyon ou il continua de militer de militer parmi l’importante colonie d’Algériens de cette ville. (4)

En 1952, et sur instruction du parti MTLD, il participa à une manifestation  nationaliste dans laquelle il fut choisi pour être le porte-drapeau. Des témoins attestent qu’en dépit des tentatives de la police française, le militant Ziane Achour guida la manifestation jusqu’au siège de la préfecture de Lyon. (5)

De retour au pays en 1952, il est aussitôt arrêté par la police française. Est-ce suite à l’affaire de l’OS ? En tous les cas, il ne put participer au congrès du MTLD d’avril 1953, congres où vont apparaître  les divergences encore sourdes entre messalistes et centralistes.

        Il fut de ceux qui répondirent les premiers  à l’appel du 1er novembre.  « Ziane ne prit pas le maquis en 1954. Il resta en ville pour pourvoir son adjoint Amor Driss en hommes et en moyens. Ayant été arrêté maintes fois par la police coloniale, ses antécédents politiques lui valurent une nouvelle arrestation au début de novembre 1854 ». Il est alors emprisonné  à la prison d’El Koudia à Constantine. C’est  là que  Ben Boulaid  le retrouvera  lorsqu’il est arrêté, lui aussi, en février 1955. Se sont-ils rencontré à la prison d’El Koudia ? Très probablement. Toutefois Ziane Achour, « relaxé après quelques mois de détention, Ziane rejoignit ses hommes en octobre 1955 » (CHAID Hammoud : sans haine ni passion)




 collection N. ACHOUR       

 

De gauche à droite :  Hamed el Atrous (asses el rahbaa )  Boukarara Hamed, Tabech Ramdane, Achour si Ziane, Arjani Hamed, Grinett Ali, Gherab Abderahmane.


Le « Sahara » dans le découpage FLN à la veille du 1er Novembre :

      

        Pour les activistes du FLN, à la veille du 1er novembre, le « Sahara » ou le « Sud » était une entité géographique encore mal définie indistincte, et ils restèrent indécis à son érection en tant que zone et au chef auquel on devait la confier. Les choses deviendront plus claires lors des congres de la Soummam, après les découvertes de pétrole.                                          Pour l’heure en 1954 ,l’Algérie est divisée en six zones : l’Algérois avec Bitat, l’Oranie avec Ben Mhidi, la Kabylie avec Krim Belkacem, le Nord Constantinois avec Didouche Mourad, les Aurès avec Ben Boulaid.. Quand au « Sahara », il posait problème. Selon  Harbi il « devait être plus tard érigé en zone et confié à l’adjudant Slimane, fils du cadi de Colomb-Béchar ». (6)                                                       

        Pour Henri Alleg avec les 5 zones, « une zone 6 est prévue. Elle n’est pas encore organisée bien que Didouche, qui dans un premier temps, avait la charge de l’Algérois, avant sa permutation avec Bitat, ait délégué l’un des chefs de groupe d’Alger, Kaci Mokhtar, pour assurer la direction d’un stage de formation à Bechar ». (7).

        « Cependant » atteste le commandant Omar Sakhri,  «  la Direction de la wilaya 1(Aurès) et particulièrement Ben Boulaid avait manifesté un grand intérêt pour cette région. Il y a eut des groupes  qui ont commencé à prospecter la zone à travers trois axes principaux : l’Atlas, le Sud-Atlas et El-Oued ». Ben Boulaid « avait chargé au début de l’année 1956 si Ziane Achour de la responsabilité de la zone du sud qui se situait en dehors de la wilaya I et notamment la région ou se trouvaient les troupes qui étaient dirigées par Amor Driss , lui-même parti des Aurès » (8). Ce que confirme Hadj Mohamed Semmache, ancien officier de la wilaya 5 (9)

       

Ziane Achour dans la guerre de libération

       En raison de sa vaste culture arabo-musulmane, de sa sagesse et de son activisme dans le mouvement national dans les régions sud, Ziane Achour bénéficiait   d’un grand prestige auprès des populations des régions sahariennes  allant de Biskra jusque dans les monts des Ksours et de Ouargla au sud jusque dans les régions au nord de Djelfa.

        Dans cette région, Ziane Achour recruta des combattants, organisa les population en cellules politico-militaires,  en collecta des armes, etc.

        Libéré en août 1955, il renoue aussitôt les contacts avec certains responsables de la revolution au nord , notamment avec Ben Boulaid et

Ouamrane .

 

 

Rencontre Ziane Achour -Ouamrane

            Dès 1955, Abdelkader Delaoui, intégrait l'Organisation politique et administrative (OPA) de Palestro (Lakhdaria). Avec Mohamed Badredine pendu plus tard à Dar Echioukh en 1958 et Amrane, il recrutait pour le maquis naissant du Bouzegza. Il appelait de tous ses voeux, l'ouverture d'un front au Sud. Il assistait au marché hebdomadaire de Bou-Saada, au premier contact entre Ouamrane et Ziane. Ce dernier de taille démesurée, donnait cette caractéristique, comme signe d'identification. Ces hommes de l'ombre ne se connaissaient pas encore.

        En décembre 1955, il apprenait que le premier maquis est né à Lougsiat. Le groupe commandé par Achour Ziane comprenait 22 éléments. Il constituait le premier noyau de la future Wilaya VI. Ziane premier chef zonal, le chargeait de la jonction des Houamed pour le ralliement à la nouvelle cause. La première réunion se tenait à Aïn Melh, un jour de marché. Cette stratégie de jour de marché, trompait la vigilance de la gendarmerie.

 

En fait Ziane Achour réanimait les cellules qu’il avait mises sur pied dans le djebel  Boukahil et pour Alleg , « des  octobre  de la même année, (1955) il est à la tête d’un groupe de près de 1000 hommes »(14)…

 

A la même époque , Ben Boulaid lui adjoint un des plus prestigieux héros de la revolution  Amor Driss.

 

Il devient alors pour l’ensemble de ses compagnons « Cheikh Ziane » ». Il tissa alors sur toute la bande de l’atlas saharien de la région d’Ouled Djellal et jusqu’au mont des ksours aux portes de la frontière marocaine une véritable toile d’araignée de cellules armées. Le commandant Sakhri assure que « l’organisation mise en place par Ziane atteignit la wilaya V (Mont des Amour et Aflou) » Son charisme et sa grande culture lui attireront les allégeances d’hommes prestigieux de cette région tels que le légendaire Bouchrit, les frères Belhadj et d’autres encore considérés comme « indépendants » du FLN comme du MNA. C’est les débris de cette infrastructure que ranimera plus tard, le colonel Haoues devenu chef de la wilaya 6 après le désastre du commandement de Si Cherif.

        Des témoignages attestent qu’il y eut des 1955 des contacts entre Ouamrane et Ziane Achour au marché de Bou-Saada

 

        Mais entre temps, et en l’absence de Ben Boulaid incarcéré à Constantine, la zone des Aurès connaît une crise des plus grave.

 

 

La crise de la Wilaya 1 en 1955-1956

        Dans le massif des Aures, la personnalité charismatique, la sagesse et l’autorité de Ben Boulaid  avait largement contribué à unifier la lutte et à apaiser les tensions traditionnelles  entre les tribus auresiennes isolées du monde. Aussi son arrestation en février 1955 en Tunisie, son incarcération à Constantine d’où il s’évadera février  1956  entraîna une grave crise dans la wilaya 1 durant laquelle les rivalités entre les différents chefs s’exacerbèrent.

        Le commandant auquel il avait confie l’intérim de la direction de la wilaya ,Chihani Bechir,  fut  exécuté en octobre 55 alors que Ben Boulaid était en prison.

        Des qu’il rejoint les Aures après son évasion, Ben Boulaid tente  de remettre de l’ordre dans sa wilaya. Des témoignages attestent qu’en Mars  56,  Ben Boulaid convia pour une réunion au djebel Lazreg , à Tafrent, Cheikh Ziane et El Haoues (15). C’est probablement à cette occasion que Ben Boulaid confia la responsabilité de la zone 6 à Ziane Achour (16).      Mais quelques temps après , le 27 Mars 1956 ,  Ben Boulaid  trouve la mort, victime d' un colis piège parachute sur son maquis par le Deuxième Bureau français, selon de nombreux auteurs français et algériens.

        « La wilaya reste donc aux mains des chefs de guerre sans coordination entre eux » (17) et Ziane Achour dans le Boukahil et El Haoues dans la région de Ouled Djellal livrés à eux même. Le cheikh Ziane ordonna  toutefois une grande offensive contre les forces coloniales et les intérêts économiques de la France dans le djebel Amour, les monts des Ouled Nail et le Ziban.

       

 

Offensive générale et menaces sur les intérêts pétroliers      De Biskra à Laghouat et jusque dans la région d’El Bayadh, des groupes de moudjahiddines fidèles à Cheikh Ziane menèrent de grandes offensives contre les forces coloniales. En Avril 1956, Cheikh Ziane Achour dirigea une attaque contre des unités militaires françaises à Gaigaa. La bataille dura deux jours et les Français employèrent toute la panoplie de leurs  armes. En mai 1956 , une attaque du camps militaire de Ain Rich permit aux moudjahiddines de récupérer une cinquantaine d’armes de guerre, le même mois on enregistra la  bataille de Djebel Boukahil  au cours de laquelle des avions furent abattus , l’ attaque du camps de Amoura etc.…

        Dans la région de Sidi Khaled, Hassi Messaoud et Hassi el Hamra les attaques des maquisards de El Haoues   entravent  l’avancement des forages de la SN Repal (18)

        L’explosion enregistrée en juillet 1956 au puit d'Hassi Messaoud n’est pas probablement pas le fait d’une bulle de gaz mais bien un sabotage.

        L’armée française renforce et réorganise ses unités .Le Commandant Pouget un officier à la réputation établie est affecté à la tête du 228° BI, à Bordj de l'Agha au sud de Bou-Saada. Ce bataillon de rappelés, repris en main et remanié devient une unité opérationnelle efficace. Le  film, « R.A.S. » s'inspirera des  actions des faits guerriers de ce bataillon. (19)

        L’action des unités zianistes ne s’arrête pas pour autant. Le 9 novembre 1956, à Laghouat, la centrale électrique est sabotée  causant  9 morts et  500 millions de dégâts.

        « La situation est jugée assez grave pour que l’état-major d’Alger crée à Laghouat un groupement particulier, le « Commandement Opérationnel du Sud Algérois (20)

 

 

 

Mise en place du COSA

        Inquiets de la recrudescence des actions armées des moudjahidines dans ces régions du sud, les autorités françaises mettent sur pied un « Commandement Opérationnel du Sud Algérois », le (COSA) chargé d’éradiquer ces maquis sahariens. Le Colonel Joseph Katz  est, en août 1956, nommé à Bou Saada, adjoint au colonel commandant le COSA  avant de devenir en octobre 1956, le patron du COSA. Son commandement s’étend sur toute la région embrasée par les unités zianistes et principalement le « secteur autonome de Laghouat-Ghardaïa, entre les zones Est- et Ouest-Sahara. ». Doté de moyens matériels considérables, il tente d’organiser l’élimination  des unités de cheikh Ziane .en Vain. La tache est considérable et difficile. Il  gagnera toutefois dans ces faits de guerre trois citations et la cravate de commandeur de la Légion d’Honneur. . (21) 

L’intrusion de Bellounis

        C’est durant l’année 1956 que Bellounis fit son intrusion dans a région  Sur les relations entre cheikh Ziane Achour et Bellounis  jusqu’à la mort du premier en Octobre 1956,  le témoignage le plus cohérent et le plus crédible est probablement celui du commandement Sakhri Omar , un des officiers supérieurs de la wilaya 6:  « Pourchassé (de la Kabylie, bellounis finit par s’établir enfin dans la région de Sidi Aissa (…) Il entre en contact avec Ziane Achour (dont ) il sollicite un soutien en armes et nourritures. Sur avis de Si Haoues, Ziane lui accorda un approvisionnement en produit alimentaire et lui fixa un territoire. Mais le comportement de ses hommes  envers les habitants de la région et après de nombreuses plaintes, Si Ziane  confia à Amor Driss la mission de pourchasser Bello unis  et ses hommes au-delà des limites de la région. Et c’est à partir de là que débuta l’aventure de Bellounis le traître… » (22)

        Il faut noter que pratiquement jusqu’au printemps 56, les relations entre Messali et certains activistes n‘ont jamais été coupés.  «  Le MNA cherche à s’intégrer le FLN. Si les dirigeants du FLN au Caire sont très clairs dans leur refus de suivre Messali, ceux d’Alger louvoient pour gagner du temps, tout en renforçant leurs positions.  Le MNA prend contact avec Krim, lui remet une forte somme d‘argent et l’invite à mener la lutte sous la bannière de Messali. ». (23)

        Mais des Avril 56, le FLN entreprend de chasser de la Kabylie ou il avait crée un maquis MNA, entre Palestro et Bouira, les unités de Bellounis.  C’est pour cette raison que les congressistes de la Soummam décidèrent de l’envoi d’une  commission d’enquête  dans l’Aures et dans les régions sahariennes voisines. La commission devait probablement « tenté de récupérer » les maquis deux prestigieux chefs de maquis « jugés indépendants » et les empêcher de tomber dans l’escarcelle du messalisme.

Le congrès de la Soummam et Ziane Achour.

       Le Congres de la Soummam se réunit en août 1956.Probablement inquiets de la situation confuse dans le commandement de la zone des Aures mais également de la contamination des maquis du sud par le MNA, les congressistes de la Soummam  prennent deux grandes décisions en ce qui concerne la zone 1 des Aures et la zone 6 des régions sahariennes  voisines.

    1. « Le congres prit l’initiative de replacer Achour Ziane par Ali Mellah à la tête de la région sud »

   2. l’envoi d’une commission d’enquête dans la région des Aures, commission devant « apporter une solution à la question du sud des Aures. Car dans la partie saharienne de la wilaya 1, Si Haoues fait alors cavalier seul, tandis que dans la région de Djelfa, Messaad, Ain Rich, l’organisation de Achour Ziane est indépendante du Front et que le MNA cherche à y établir son influence » (24). La mission  d’enquête était composée de Ouamrane, Si Cherif et Amirouche.

        La mission de contrôle dépêchée par le congres de la Soummam se scinda apparemment en deux : une mission dirigée par Amirouche se rendit dans les Aures et une autre colonne sous les ordres de Si Cherif, nommé chef de la nouvelle wilaya 6 chargé de mettre en place les structures politico-militaires de cette wilaya.


 

 collection N. ACHOUR       

De gauche à droite :  Laouage Abderahmane(ouled Rahma), Achour Hamed ben kouider, Aarad Abderahmane (ouled rabah), Lakhdar men Lioua, Achour Amar.

 

 

Contact Ziane Achour – Colonel Ali Mellah 

Selon le témoignage de CHAID Hammoud ,  « N’ayant pas pris part

Au congrès de la Soummam, Ziane contesta certaines des décisions qui y furent prises. Son prétexte était de n’avoir pas été consulté au préalable. Depuis lors, il fit cause à part. La contestation de Ziane  visait essentiellement la nomination du colonel Si  Cherif à la tête de la wilaya 6, car cette dernière englobait organiquement toute la partie Sud. »

         En fait, Cheikh Ziane considérait à juste titre « que les problèmes du Sud étant différents  de ceux du nord, cette région était la mieux  placée pour dégager des éléments compétents, rompus à la vie dans la région  et capables de mener la lutte armée, sans avoir aux gens du Nord pour les diriger. »L’évolution que connut par la suite la wilaya 6, lui donneront malheureusement raison.

        « En gardant toutefois un élan révolutionnaire » ( ) Cheikh Ziane  Achour  tenta de renouer le contact avec les nouveaux responsables dépecés par le  congrès de la Soummam.

        Des témoignages attestent qu’en novembre 1956, Cheikh  Ziane s’apprêtait, à une rencontre avec Amirouche et El Haoues à Oued Khalfoun, non loin de  Djebel Thameur ou trouveront la mort trois années plus tard les deux colonels légendaires. (25)

        Chaid Hammoud confirme que des contacts furent également  établis entre Le colonel Ali Mellah  et Ziane Achour  «  par l’intermédiaire de quelques commerçants et notables  des deux villes de  Ksar El Boukhari et Laghouat. La Correspondance entre les deux hommes  fut assuré ensuite par des agents de liaison militaires via le maquis ». Deux de ces agents de liaison  serait toujours en vie : Mohamed Zeroual dit Lemtarouech, entrepreneur à Ain Oussera et Ali Bachir dit Saddek, retraité vivant à Had Essahari. »

 

La mort de Cheikh Ziane Achour, le 7 novembre 1956

         Mais le 7 novembre 1956, Cheikh Ziane trouve la mort dans un volent  accrochage avec les militaires français à Oued Khalfoun, non loin de  Djebel Thameur.

        L’organisation politico-militaire qu’il avait tissée dans la vaste région de l’Atlas saharien et dans le grand Sud, s’effilocha. Elle était faite de « nombreuses petites armées , chacune avec son propre caractère et son propre chef  ne pouvant être contrôlées que par un véritable meneur d’homme , ce qui fut le cas de Ziane ( …) la région connut une crise d’autorité. Les différents chefs de file militaires faillirent  se disperser et faire chacun  cause à part.

         Heureusement « Amor Driss( …) réussit  à reprendre en main une situation des plus précaires » et fidèle à la mémoire de Cheikh Ziane, il continua un échange de correspondance ave le colonel Mellah mais préféra rallier , avec ses hommes, la wilaya 5 . Il rencontra le futur colonel Lotfi avec lequel, il se rend auprès de Boussouf. A Oujda, au PC de la wilaya 5, avec «  sa sincérité, son franc-parler  et son courage légendaire qui n’a d’égal que sa fidélité à ses amis », Amor Driss  «  tenu tête aux colonels Lotfi et Boussouf » défendant  « bec et ongles cheikh Ziane, injustement accusé d’intelligence avec Bellounis ? »

                

       

 

 

Les missions Amirouche et Colonel Mellah

        Amirouche ne put donc rencontrer que Si ElHaoues qu’il avait déjà connu lors de son séjour en France. Très politique, le baroudeur de la wilaya 3 eut la sagesse de cautionner, le futur colonel de la wilaya 6, lui évitant peut-être  d’être éliminé.  « Devant des unités des Wilayas I, III et VI, Amirouche présente son ami El Houès comme un authentique responsable du FLN et de l’ALN et qui demandait aux présents de ne plus l’appeler El Quaïd El Haouès, mais le colonel Haouès, chef de la Wilaya VI ; c’était vers décembre 1956-janvier 1957. » (26). Est-ce à dire que le colonel désignait El Haoues chef de Wilaya ?et dans ce cas  ne s’agirait-il pas de la wilaya 6 ?

        Quand au colonel  parachuté » (27) Ali Mellah dit Si Cherif , fin décembre 1956, il «  réunit le gros de son effectif et l'envoya au Sud pour y installer les structures ALN et réduire le domaine MNA. Cette expédition, qui eut lieu, se fit avec trois compagnies composées au total de 375 hommes. L'état-major qui commandait ce bataillon était composé du commandant Abderrahmane Djouadi, du capitaine dit "Rouget", du lieutenant Chérif Bensaïdi ». (28).  Ce bataillon ne put aller plus loin que   Sour El-Ghozlane (zone I), et Ksar El-Boukhari (zone Il)..

        La population de ces régions rurales   au nationalisme primaire,  empreint de valeurs traditionnelles  et au niveau de conscience politique modeste fait bon accueil au colonel Ali Mellah et à ses compagnons.  Mais  « Ali Mellah laissa le capitaine Amor dit « Rouget » (le Rouquin) et la plupart des ses subordonnes… se conduire dans le Sud-Algérois  comme des soudards  en terrain conquis… Ils rançonnaient les habitants, ils exécutaient les gens rétifs à leur autorité, ils éliminaient les lettrés traditionnels locaux, pratiquaient le droit de cuissage, procédaient à des mariages abusifs dotés sur les finances de la wilaya. » (29)       Ces faits sont confirmés par  un acteur témoin, le lieutenant Hamoud Chaid  qui atteste que beaucoup de cadres et de djounoud  affectés à la  nouvelle  wilaya 6 se comportèrent comme en terre conquise à l’égard  d'une « population fortement attachée aux principes de l'Islam, à cheval sur les traditions et la morale.  Deux ou trois responsables eurent un comportement féodal et s’embourbèrent dans des problèmes de moeurs, d’exécutions et de punitions arbitraires, créant ainsi une sorte de malaise. Le colonel  Si Cherif fit preuve de manque de fermeté ». (30)

        « Le résultat fut une levée de boucliers  de la population  et des djounouds du cru » (31).

        Le lieutenant Cherif Bensaidi qui craignait d’être sanctionné pour désobéissance (32) prit prétexte de ces dépassements graves et se mit à  la tête d’un mouvement de dissidence .Il assassina, le 31 mars 1957, le colonel Ali Mellah  dans la région de Derrag, ex-Letourneau au sud de Médéa dans la wilaya IV !

               

       

La « dissidence Zianiste »

       Est-il donc juste de parler de « dissidence zianiste » comme le fait Meynier ? « Dans le Sud », écrit-il, « le FLN eut affaire à la dissidence zianiste et à la rébellion  contre les contingents dépêchés de la 3 pour remettre de l’ordre dans la 6 » (35). Si « dissidence » signifie bien : « état d’une personne ou d’un groupe qui refuse de se soumettre à une autorité établie » apparemment Cheikh Ziane Achour n’a jamais, comme on vient de le voir, de 1954 à sa mort en novembre 1956,  refusé l’autorité du FLN. Au contraire. Quand à la rébellion  contre les contingents de la 3 , nous avons vu qu’elle fut le fait de Cherif Bensaidi, le propre lieutenant du colonel Ali Mellah et cette rebellions s’est produite en grande partie en wilaya 4 !

       La rigueur historique comme les respect du aux  combattants comme Cheikh Ziane, Amor Driss, El Haoues ou Amirouche imposent de dénoncer cet amalgame dans les faits et dans les mots.

       D’autant plus que d’autres, historiens, emboîtant le pas à Meynier  vont plus loin encore  dans une confusion involontairement attentatoire à la mémoire du chahid Ziane Achour: « Si Ziane  (de son vrai nom Achour) était également un chef révolutionnaire influent auprès des tribus et de ce fait, il ne semblait pas disposé à renoncer au leadership. C’est dans ce contexte que Ali Mellah (Si Chérif) et son adjoint Amar (Rouget) auraient été abattus par des zianistes commandés par un certain Si Chérif (homonyme du premier) en 1957 »(36)

        D’autres encore méconnaissant probablement totalement le personnage de Ziane Achour ,font de lui deux personnes distinctes Ziane et Achour !(37) a moins qu’il ne s’agisse d’une coquille dans le texte !

 

 

En guise de conclusion ;

         Dans son édition du , le quotidien El Watan rapporte que  « A El Bayadh, village natal de cheikh Ziane, chef incontesté de la zone sud qui deviendra par la suite la Wilaya VI historique, la population estimée à 3000 âmes a refusé d’inscrire les 80 collégiens de la bourgade au CEM de la commune « voisine » de Besbès, distante de... 90 km de piste et disposant pourtant d’un internat, comme elle a refusé aussi de les envoyer étudier dans le CEM de Aïn Alleugue dans la daïra de Aïn El Melh située dans la wilaya de... M’sila, et distante seulement d’une quinzaine de kilomètres de piste également. La population confinée dans ce coin perdu de l’Algérie profonde en a ras-le -bol des pistes… (38)

        Ces enfants auxquels l’indépendance n’a pas encore apporté l’école n’écriront pas l’histoire de Cheikh Ziane…

 

Notes :

 

(1). COURRIERE Yves : La guerre d’Algérie, le temps des léopards, Alger, Rahma, 1993, p 330.

 

(2) DJEGHABA Mohamed : « Monologue dialogue, des doutes à la certitude” Alger, éditions Practicom dans la collection “Documents d’actualité et archives”.

 

(3).Pièce d’archive conservée aux archives de la wilaya de Constantine

 

(4). BENYAHYA Ismael : La commémoration de la mort de Ziane Achour, in Revue Alouan (en arabe) n° 53 ,1983 p 14 à 17. Cet article rapporte les témoignages de certains des premiers compagnons de Ziane Achour.

 

(5) Témoignage de  Aissa  Naoui   cité dans la revue Alouan , ibid..  Sur le nationalisme algérien à Lyon voir ,  L’Algérie à Lyon, une mémoire centenaire, par Philippe Videlier. Bibliothèque municipale de Lyon, 2003.

 

(6) HARBI Mohamed :Le FLN, mirage et réalité. Des origines à la prise du pouvoir, 1954-1962.Alger, Naqd-Enal, 1993, p 123

 

(7) ALLEG Henri :  

 

(8) Entretien du commandant Sakhri  au journal Le Soir d’Algérie du 25 janvier 1993, p 6 et 7

 

 

(9) SEMMACHE

 Ni TEGUIA Mohamed  ni HARBI Mohamed ne souffle mot de Ziane Achour dans leurs écrits.

 

(10) COURRIERE Yves : La guerre d’Algérie, le temps des léopards, Alger, Rahma, 1993, p 330.

 

(11) ALLEG Henri et : La guerre d’Algérie, Paris, Editions Messidor, 1986, p 122.

 

(12).MEYNIER  Gilbert : Histoire intérieure du FLN, 1954-1962, Alger Casbah Editions.2003,  p 457.

 

(13) revue Alouan . ibid

 

(14) : revue Alouan ibid. Benjamin Stora parle lui d’un maquis de 2000 hommes  dans son livre Dictionnaire biographique des militants algériens :ENA-PPA-MTLD, 1926-1954, Paris, Editions l’Harmattan, 1982

 

(15) : revue Alouan ibid

 

(16) : La biographie de Amor Driss indique qu’  « En 1955, il rejoignit les rangs de l’Armée de Libération Nationale dans les Aurès et de là, partit vers le Sahara pour activer en compagnie du martyr Achour Ziane »

 

(17) : Djoudi Attoumi « Le Colon el AMIROUCHE, entre Histoire et Légende »

 

(18) : ALLEG … ibid p 312

 

(19). COURRIERE Yves : La guerre d’Algérie, le temps des léopards, Alger, Rahma, 1993, p322-332

 

(20) : ALLEG… ibid p122

 

(21) AGERON , préface à  KATZ Joseph :« L’honneur d’un général – Oran 1962 » publié en 1993 aux Editions  L’Harmattan

 

(22) : Entretien du commandant Sakhri  au journal Le Soir d’Algérie du 25 janvier 1993, p 6 et 7

 

(23) HARBI Mohamed ibid p 147

(24). ALLEG… ibid p 218-219

 

(25) revue Alouan ibid

(26) : Djoudi Attoumi « Le Colon el AMIROUCHE, entre Histoire et Légende »

 

(27) L’expression est de Meynier p 292..MEYNIER  Gilbert : Histoire intérieure du FLN, 1954-1962, Alger Casbah Editions.2003, 

 

(28)). Hamoud Chaïd :"Sans haine ni passion" Editions Dahlab

 

(29) : MEYNIER  Gilbert : Histoire intérieure du FLN, 1954-1962, Alger Casbah Editions.2003,  p  398

 

(30) Hamoud Chaïd : Sans haine ni passion, Editions Dahlab

 

 

(31): MEYNIER  Gilbert : Histoire intérieure du FLN, 1954-1962, Alger Casbah Editions.2003,  p  398

 

(32) Hamoud Chaïd :Sans haine ni passion, Editions Dahlab

 

(33) : NEHARI Tayeb : Dictionnaire des cadres de la wilaya 5 historique, livre à paraître.

 

(34) :ALLALI Kouider , commandant Youb de l’ALN, chef de la zone 8 : Conférence , in « Hommage au colonel Lotfi, publication de l’université de Tlemcen. 2005, p 227

(

35): MEYNIER Gilbert , ibid p 292

 

(36) Hachemi Djiar : Analyse - Le Congrès de la Soummam
Grandeur et servitude d’un acte fondateur (2e partie) El Moudjahid du mardi 29 août 2006 .

 

(37) Dahou OULD KABLIA : témoignage, « Hommage au colonel Lotfi, publication de l’université de Tlemcen. 2005, p 227

 

(38) : El Watan du 

 

 

HANI  Abdelkader

                                               Université de Sidi Bel Abbés

                                               Mail :hanikader2003@yahoo.fr

Par Ouled Harkat - Publié dans : Cheikh Ziane
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Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 19:25

Extrait du livre de Patrick-Charles Renaud " Se battre en Algerie" Editions Grancher. Témoignages d'Acteurs et Archives mars 2008

 

 

CHAP 4. La Légion se paie un général



 

 

 

            7 novembre 1956, à l’aube.

 

            - Fichu terrain ! On va finir par désosser les véhicules.

            Le capitaine Joseph Plantevin peste contre le relief chaotique du Djebel Bou Kahil, sur les flancs duquel il vient de s’engager avec son élément de commandement et un peloton de harkis. Un long chèche blanc enveloppe son cou et retombe jusqu’à son ceinturon de cuir. Cet équipement, attribut des troupes sahariennes, est indispensable en Afrique du Nord où la chaleur alterne avec un froid glacial. Rien de comparable avec l’humidité vaporeuse de l’Indochine où il a combattu au sein de la 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère. Il y a un peu plus de deux ans, il a résisté jusqu’à la dernière cartouche aux assauts des Viets à Diên Biên Phu. Fait prisonnier, il a survécu aux conditions de détention inhumaine au cours desquelles bon nombre de soldats français sont morts affamés et humiliés.

Cet officier de grande taille, dont le visage est encadré d’un mince et élégant collier de barbe noire, commande la 2ème Compagnie Saharienne Portée de la Légion Etrangère depuis juin 1955. Engagée dès l’été 1954 dans le Sud Tunisien où des troubles avaient éclaté à Gafsa, cette unité a été la première à se « désensabler », c'est-à-dire à abandonner le relatif confort du transport en véhicules pour la marche à pied, sans que pour autant les pelotons perdent l’habitude de sillonner de grands espaces, souvent isolément. Cette adaptation a entraîné des bouleversements. Le treillis de combat et les rangers se sont substitués à la tenue traditionnelle conçue par les anciens. Un tri a dû être opéré parmi les cadres ; certains chefs de peloton, excellents pour des missions de temps de paix, avaient pris trop d’embonpoint pour se lancer à la conquête d’une crête ou d’un piton. Des gradés plus jeunes, en meilleure forme physique, les ont remplacés. Le séroual, les naïls, le burnous et les cartouchières croisées sont désormais remisés dans les placards desquels ils sortent pour la parade.

            Prévenu dans la nuit du 6 au 7 novembre qu’une bande rebelle a été repérée dans la partie Est du Djebel Bou Kahil, un des maillons de l’Atlas saharien, la 2ème Saharienne de la Légion s’est lancée sur les pistes y menant dès le lever du jour. L’opération est orchestrée par le colonel Joseph Katz, patron du Commandement Opérationnel du Sud Algérois. Ce personnage, haut en couleurs, au visage débonnaire qui sait afficher gravité et sérieux face aux situations les plus critiques, aime à rappeler qu’il a commencé par être berger dans sa jeunesse. Né à Paris le 1er janvier 1907 de parents inconnus, il a été confié par l’Assistance Publique à un couple de paysans d’un hameau de l’Allier, où il a été élevé.

            La bande a été prise en chasse par le 228ème Bataillon d’Infanterie, commandé par un officier de cavalerie, le chef d’escadron Jean Pouget. Les trois pelotons de la 2ème Saharienne contrôlent les différentes embouchures d’oueds dégringolant de la montagne, tandis que les automitrailleuses du lieutenant Stepanovicth surveillent la piste longeant la partie sud.

            Au volant du command car, le chauffeur du capitaine Plantevin maugréé. Il éprouve toutes les peines à slalomer entre les gros cailloux qui jonchent le canevas de piste menant sur une colline plantée au centre du dispositif de bouclage. Les moteurs rugissent, chauffent et s’époumonent. Les pieds martèlent la pédale d’embrayage tandis que la main droite contrarie le levier de vitesse qui craque. Une conduite usante pour les hommes et la mécanique, pour quelques arpents arrachés à l’itinéraire.

            - On perd trop de temps, on va continuer à pied, décide Plantevin.

            Bientôt, une dizaine de mètres sépare les légionnaires d’un ravin assez encaissé, garni de lauriers roses et de touffes d’alfa dont les racines se faufilent dans les interstices rocheux pour puiser l’eau nécessaire à leur survie. L’adjudant Paolo Amatore et son commando, exclusivement constitué de musulmans de la région formés en harka, ouvrent la marche. Ils précèdent de quelques mètres le groupe du sergent Leiva, jeune gradé sportif et dynamique, qui évolue sur la droite.

            Les képis blancs amorcent la descente. Des petits cailloux roulent sous leurs semelles, tandis que les muscles de leurs mollets se raidissent pour freiner l’allure. Soudain, une succession de coups de feux secs claque. Quelques rafales imprécises suivent, lâchées en réplique. Chacun se fige sur place et s’accroupit, tout en inspectant la broussaille.

- Mon adjudant, le sergent est touché, il ne bouge plus, crie un légionnaire.

            Amatore fait stopper la progression et distribue ses ordres pour se prémunir de l’ennemi invisible.

- Arrosez le versant d’en face et le fond du ravin.

            En quelques enjambées, il est auprès du sergent Leiva, allongé sur un raidillon non loin de trois harkis également étendus à terre ; ils sont tous morts sur le coup.

            Amatore est furieux. Il serre les poings et jette un regard déterminé vers le fond de l’oued dont la végétation dissimule les agresseurs.

            - Couvrez-moi ! Ordonne t-il à ses hommes.

            Protégé par les légionnaires postés sur la crête qui déclenchent un déluge de feu, il commence à dévaler la pente.

            - Laissez tomber, hèle le capitaine Plantevin. Je viens de rameuter une automitrailleuse.

            Le véhicule blindé se faufile en amont du thalweg pour le prendre en enfilade. Son canon de 37 mm et les mitrailleuses des légionnaires secouent le ravin, comme si un violent orage de grêle s’y abattait. L’adversaire, invisible et anonyme, fait le dos rond, tapis dans les herbes et feuillus. Puis le silence retombe. De petites volutes de fumée se dissipent. Un caporal-chef, coiffé d’un képi blanc fripé, émerge de la tourelle. Il saute à terre et se dirige vers le fond de l’oued, imité par l’adjudant Amatore.

            - Ca doit être une grosse huile, s’écrie le caporal en brandissant un ceinturon et des cartouchières.

            Le cadavre désarticulé qui gît à ses pieds porte un treillis de combat orné d’épaulettes rouges sur lesquelles le croissant de l’Islam et trois étoiles sont brodés en fil d’or.

            - Le type qu’on vient d’abattre porte des galons de général, apprend l’adjudant Amatore au capitaine Plantevin.

            Les légionnaires sahariens viennent de neutraliser un général rebelle de trente-sept ans et sa garde personnelle. Achour Ziane, chef militaire et politique de la rébellion dans la région, s’était établi une réputation fameuse de combattant et de révolutionnaire parmi les moudjahidin algériens. Natif de Sidi-Khaled, à cinq kilomètres d’Ouled-Djellal, il a été un militant de la première heure du Mouvement Nationaliste Algérien[1], ce qui lui a valu d’être fiché dès 1947 par les autorités du territoire Militaire de Touggourt. En juillet 1956, il a fomenté une dizaine d’assassinats qui ont ensanglanté la Commune Mixte[2] et l’ont fait basculer dans la rébellion .Connu pour ses exigences draconiennes sur la population qu’il pressurait sans merci, Si Ziane exerçait son autorité sur une bande de trois cents à quatre cents hommes qui sévissait dans le sud algérois. De petite taille, lettré en arabe, il donnait par son faciès et sa corpulence, une impression de grande force. Malgré sa brutalité, il était un homme digne d’estime, de nature à ne pas s’incliner devant l’adversité. Il vient d’en donner la preuve en luttant jusqu’au bout, armé d'un fusil Mauser et d’un pistolet automatique allemand P 38, alors qu’il se savait condamné. C’est lui qui a abattu le sergent Leiva et les trois harkis.

            - Faites attention ! Un harki a vu bouger quelque chose à une dizaine de mètres devant toi, prévient le capitaine Plantevin posté sur la crête.

            L’adjudant Amatore bondit et commence à ramper vers le lieu suspect.

- Je vais faire envoyer quelques grenades offensives pour vous couvrir, annonce Plantevin.

            Dans un fracas d’explosions, Amatore slalome jusqu’à proximité d’un buisson au sein duquel se terre un moudjahid. C’est un garçon d’une vingtaine d’années qui s’exprime dans un français très correct :

            - Je suis le secrétaire de Si Ziane, assure t-il en levant les bras.

            Les légionnaires mènent un rapide interrogatoire afin d’en savoir plus sur l’effectif de la bande.

            - Les rescapés auraient trouvé refuge dans les collines situées à quatre ou cinq kilomètres au sud, révèle Plantevin au colonel Katz.

            Sur la foi de cette information, Katz ausculte la carte et décide de basculer ses troupes vers cette zone. Des tirailleurs algériens du 29ème Bataillon, stationné au lieu-dit « Rocher du Sel » au nord de Djelfa, égratignent une partie de la bande qui se faufile dans les rochers, telles des chèvres agiles.

            - On va héliporter deux de vos pelotons sur la crête du Djebel Touïla, au sud-est du Bou Kahil, décide Katz.

            Trois hélicoptères, placés sous les ordres du capitaine aviateur Colombet, ont été détachés pour l’opération[3]. Un lapement lent et sourd emplit bientôt les airs. Le Touïla est un djebel pelé, brûlé par le soleil et balayé par tous les vents. Les reconnaissances et les patrouilles militaires passées n’ont fait que traverser ces lieux déserts et hostiles où ne pouvaient se cacher des fellaghas, du moins croyait-on.

            Suivi de son radio chargé d’un lourd poste arrimé à son dos, Plantevin se hisse dans l’un des hélicoptères. Sur les ondes, il entre en contact avec le petit avion d’observation qui, tel un insecte, bourdonne un peu plus haut dans le ciel. Malgré le vacarme du rotor et le crachotement dans les haut-parleurs, la communication est suffisamment audible.

            - A quelques mètres en dessous de vous, il y a une grotte assez importante de laquelle des coups de feu ont été tirés en direction de mon appareil, révèle l’observateur de l’A.L.A.T.

            Les képis blancs repèrent la cavité dont l’accès n’est pas aisé.

- Intervenir à partir du sommet de la petite falaise qui la surplombe présente des risques certains, appréhende Plantevin. De même que l’aborder par la pente très abrupte qui dégringole en dessous.

            Le sous-officier adjoint du 1er Peloton, le sergent-chef Keller[4], se hasarde tout de même par cette dernière voie, armé d’un fusil lance-grenades. Mais les djounoud aux aguets ; ils ne lui laissent pas le temps de se mettre en position de tir. Les légionnaires imaginent quelques astuces. Des grenades attachées à des chèches noués entre eux  glissent jusque devant l’entrée de la grotte où elles éclatent. Un hélicoptère apporte deux jerrycans d’essence déversés dans les fissures supérieures de cette sorte de casemate afin d’en réduire les occupants par le feu. Mais tous ces essais se révèlent infructueux.

            Au crépuscule, les assiégés résistent toujours avec hargne. Accompagné de son groupe de commandement et la majorité des légionnaires engagés, Plantevin décide de gagner un redan de la crête plus élevé d’une cinquantaine de mètres. Au-dessus de la grotte, il laisse un petit groupe du 1er Peloton avec son chef, le lieutenant Picot d’Aligny d’Assignies, afin qu’il interdise toute tentative de sortie. Au sud du Djebel Touïla, les blindés du lieutenant Stepanovitch garantissent le bouclage, renforcés par la 13ème Compagnie Saharienne Portée Africaine du capitaine Sauzeau.

            La nuit est froide en ce mois de novembre, à plus de mille mètres d’altitude sur les hauts plateaux désolés. Les chèches sont enroulés autour du cou et recouvrent le haut de la poitrine. Bien que n’ayant pas de vêtements chauds, les légionnaires, couchés à plat vente au ras de la falaise,  assurent une surveillance sans esquisser le moindre mouvement, dans le plus grand silence. Un peu avant minuit, la lune blanche s’estompe progressivement.

            - Attention les gars, redoublez de vigilance, chuchote le lieutenant d’Assignies. Les fells vont certainement essayer de s’enfuir.

            Soudain, une pierre roule. Une silhouette fugace s’élance sur la pente caillouteuse que l’obscurité semble avoir lissée. Si Abderhamane, un des lieutenants du général Si Ziane, ne parcourt qu’une dizaine de mètres avant d’être cueilli par une courte rafale de fusil-mitrailleur qui déchire le silence nocturne. A partir de cet instant, la discrétion ne s’impose plus. Pour trouer l’épaisseur de la nuit, des touffes d’alfa enflammées sont lancées. Des flammèches jaunes et orangers taquinent l’entrée de la grotte.

            - Nous pourrons repérer toute nouvelle sortie jusqu’au lever du jour, garantit le capitaine. Et puis, ça nous réchauffera un peu.

            A l’aube, l’adversaire n’a toujours pas abdiqué. Les moudjahidin, qui se savent pris au piège, n’osent plus se risquer à l’extérieur où la lumière du soleil les aveuglera.  Plantevin cherche un moyen de les réduire sans trop exposer ses hommes.

            - Nous allons utiliser le tir d’une automitrailleuse, décide t-il.

            Sachant que le Peloton se morfond à un ou deux kilomètres du versant sud, le capitaine part à sa rencontre accompagné de son radio et de son ordonnance. Il récupère les engins bruyants qu’il guide jusqu’au bas de la pente que la grotte surplombe. La manœuvre prend beaucoup de temps car il faut remuer des tonnes de rochers et de cailloux pour frayer un passage. A trois cents mètres de l’objectif, le canon de 37 mm de la tourelle de l’une des automitrailleuses, tonne et expédie cinq obus explosifs dans la cavité.

            - Au résultat !

            Le lieutenant d’Assignies et le médecin lieutenant Garreta abordent la grotte, chacun par un des côtés. A l’intérieur, une odeur de poudre picote les narines. Des corps sans vie gisent au milieu d’armes tordues par les explosions. Un survivant criblé d’éclats surgit de l’obscurité.

            - Ne me tuez pas, je suis vivant ! Implore t-il terrorisé.

            L’homme, d’allure plutôt citadine, est âgé d’environ vingt-cinq ans. Il est le seul à avoir survécu à la terrible canonnade.

- J’étais serveur dans une grande brasserie à Paris, explique t-il au capitaine Plantevin auprès duquel il est amené.

            Ayant été démasqué par la police française comme membre du M.N.A., il a préféré quitter la métropole pour poursuivre ses activités en Algérie.

- Chaque fois que l’un d’entre nous était mortellement touché, on plaçait son corps à l’entrée de la grotte pour en faire un rempart, révèle t-il aux légionnaires.

            En fin d’après-midi, une formation de cinq Dakota gronde dans le ciel. Elle largue la 2ème Compagnie du 14ème Régiment de Chasseurs Parachutistes que le commandement, à Alger, a cru bon de dépêcher pour prêter main-forte aux légionnaires. Le parachutage, au demeurant inutile, se déroule dans de très mauvaises conditions, sur une zone caillouteuse hérissée d’énormes rochers. Le lieutenant Jean Vasseur, commandant la compagnie, se fracture le fémur. Plusieurs paras sont blessés ou commotionnés comme le lieutenant Réto, adjoint de Vasseur, qui subit un violent choc à la tête. Amnésique, il courra sept fois après le colonel Katz pour lui rendre compte qu’il ne se souvenait de rien ! Le regroupement, pour lequel aucune consigne n’a été donnée, durera deux bonnes heures. Le capitaine Plantevin devra détacher le 3ème Peloton du lieutenant Bolz afin de recueillir et assister les paras durant la nuit.

 

            Les conséquences de cette opération dans le Djebel Bou Kahil seront des plus importantes sur le plan local : la disparition du chef de la bande rebelle, Achour Ziane, et la collusion totale et entière des Ouled Rabah, tribu semi-nomade des Ouled-Djellal, avec les renégats. La mort de Si Ziane vaudra trois mois de paix, pas plus, car un de ses fidèles, Djoghlaf Abdelkader, reprendra le flambeau.

            Quoiqu’il en soit, l’opération a clairement démontré, et tous les prisonniers l’ont reconnu, que le soutien de la bande était assuré par toute la tribu des Ouled Rabah, avec, à leur tête, Si Abderhamane, le cheikh de la zaouïa d’Aïn el Alleug. Or, durant les mois précédents, les lieutenants Cosse et Sancan, officiers des Affaires Sahariennes du secteur, ont souvent été les hôtes du cheikh auquel ils ont largement distribué médicaments et vivres. Ils les ont aussi interrogés sur ces bruits qui couraient concernant la présence de fellaghas dans le Djebel Touïla ; ils ont juré avec persistance qu’ils n’en avaient jamais vus.

            Dans la jeep qui le ramène vers le bordj de Doucen où il vient d’installer une Section Administrative Spécialisée Nomade[5], le lieutenant Cosse maugrée contre ces traîtres d’Ouled Rabah. Mais avaient-ils le choix ? Maintenant la tribu est engagée dans le cycle infernal « exactions – répression ».

 

 

           

 

 

 



[1] Mouvement inspiré par Messali Hadj qui avait une influence prépondérante dans la région de l’Atlas Saharien où se limitait sa zone d’action. Il fut le premier a clamé le nationalisme algérien. Cependant, enlisé dans ses luttes intestines et ses querelles de personnes, le M.N.A. n’a pas participé à la préparation et au déroulement du 1er novembre 1954 ; l’insurrection s’est déroulée sans lui. Le jeune Front de Libération National Algérien, dont beaucoup de militants sont issus du M.N.A., veut se débarrasser de son aîné et devenir ainsi le seul maître.  En cette fin d’année 1956, les troupes françaises combattent sans distinction ces deux organisations.

[2] En Algérie, les communes mixtes comprenaient les centres de population habités à la fois par des autochtones et par des Européens et qui, possédant des ressources propres, ne renfermaient pas encore une population européenne suffisante pour être érigés en communes de plein exercice

[3] Les trois appareils appartiennent à l’Escadron d’Hélicoptères Lourds 1/58 du commandant Sagot, stationné sur la base aérienne de Boufarik.

[4] Le sergent-chef Keller sera tué en 1959 au cours d’une opération dans la région nord-ouest de Laghouat.

[5] Section Administrative Spécialisée ou S.A.S. : A l’été 1955, le Gouverneur Général de l’Algérie, Jacques Soustelle, a décidé de créer dans le bled des Sections Administratives Spécialisées dépendant d’une administration des Affaires Algériennes installée à Alger. Cet élément administratif décentralisé devait mieux répartir sur le terrain la présence de l’administration française en Algérie, assurer une antenne médicale légère (infirmier), recueillir des renseignements et, grâce à son maghzen (ou harka), se protéger et participer au maintien de l’ordre et aux opérations de police.

Par Ouled Harkat - Publié dans : Cheikh Ziane
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Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 19:24

Soigné le jour et torturé à mort la nuit

C’est en présence des autorités locales, de Saïd Abadou et des figures légendaires encore en vie de la wilaya IV historique que la population d’El Kantara a rendu hommage hier à l’un de ses plus valeureux enfants martyrs : le commandant Driss Amor lequel, grièvement blessé dans une bataille près de Boussaâda, sera fait prisonnier par les paras du colonel Ducasse alors qu’une quarantaine d’officiers de l’ALN, parmi lesquels Amirouche et Si El Haouès tomberont un à un au champ d’honneur, les armes à la main après avoir vendu chèrement leur vie.


Le 28 mars 1959, un promontoire du Djebel Thameur, partiellement couvert de touffes d’alfa, va rentrer dans l’Histoire en tant que Cameron de la wilaya VI historique. En effet, la patrouille d’une quarantaine d’hommes, qui accompagnait une délégation de représentants des combattants de l’intérieur en direction de la frontière tunisienne, tomba dans une embuscade et fut, dès le lever du jour, encerclée de toutes parts par plusieurs corps d’armées : artillerie, fantassins, aviation et 2500 étrangers parachutistes de l’armée française ; l’objectif étant de faire prisonnier les deux chefs de wilaya. Agé à l’époque de 28 ans, Driss Amor, alors 1er adjoint de Si El Haouès, se distingua particulièrement dans cette bataille en abattant un chasseur bombardier T6 de l’armée de l’air française. Seul survivant grièvement blessé, il sera emprisonné à Djelfa dans le casernement du capitaine Gailot Lavallée. Soigné le jour par des médecins militaires, Driss Amor est torturé toutes les nuits pendant les deux mois que durera son martyre. Dans le magazine Historia n° 285 du 5 février 1973, François Milles atteste que Driss Amor « est resté de marbre pendant tous les interrogatoires auxquels j’ai assisté » et d’ajouter sans état d’âme : « bien que mourant, il continuera à être interrogé mais il ne desserrera jamais les dents. » Finalement, après deux mois de ce traitement inhumain sous surveillance médicale, la dépouille mortelle suppliciée de Driss Amor sera abandonnée à la sortie de la ville de Djelfa, ville où il sera inhumé à la fin de la première semaine de juin 1959. El Kantara s’enorgueuillit d’avoir vu naître, un 15 juillet 1931, le jeune Mohamed Driss Alias Amor Fayçal : « enfance perturbée, partagé entre la zaouïa, l’école primaire et les incursions, et autres excursions que nous faisions sous sa houlette dans les gorges profondes de l’oued El haï », se rappelle un de ses camarades de la communale. Jeune scout dans le même groupe que Larbi Ben M’hidi, ils seront vite remarqués par hamma Assami qui les enrôlera dans le PPA. Ce qui n’empêchera pas Driss Amor de faire régulièrement des virées à Alger. habitué de la rue de Tanger et grand amateur de la chanson chaâbi, le jeune Amor ne détestait pas l’ambiance des salles obscures où l’on projetait les classiques des westerns. « C’était une ‘‘tête brûlée’’, un homme, un vrai de vrai », reconnaît un de ses compagnons d’armes. Et d’expliquer qu’il prenait plaisir à braver ses supérieurs de l’ALN, en continuant à fumer ses bastos et autres camélia sport et qui plus est, en autorisant ses djounoud à faire de même, alors que les instructions l’interdisaient formellement. Tous les anciens de la wilaya VI historique reconnaissent que c’est à la katiba de Driss qu’on confiait les missions les plus périlleuses comme le franchissement des lignes Challe et Morice et le convoyage des armes et minutions à destination des combattants de l’intérieur. Sa haute stature (1 m 90), un faciès à la John Wayne, sa sincérité et son franc-parler en imposèrent à plus d’un. Son courage légendaire n’a d’égal que sa fidélité à ses amis : n’a-t-il pas tenu tête aux colonels Lotfi et Boussouf, alors que simple officier de liaison il a défendu bec et ongles cheïkh Ziane, injustement accusé d’intelligence avec Bellounis ?


Par Bachir Mebarek

Par Ouled Harkat - Publié dans : histoire
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Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 19:22

 

 


 

 

 

A El Bayadh, village natal de cheikh Ziane, chef incontesté de la zone sud qui deviendra par la suite la Wilaya VI historique, la population estimée à 3000 âmes a refusé d’inscrire les 80 collégiens de la bourgade au CEM de la commune « voisine » de Besbès, distante de... 90 km de piste et disposant pourtant d’un internat, comme elle a refusé aussi de les envoyer étudier dans le CEM de Aïn Alleugue dans la daïra de Aïn El Melh située dans la wilaya de... M’sila, et distante seulement d’une quinzaine de kilomètres de piste également.

 

La population confinée dans ce coin perdu de l’Algérie profonde en a ras-le -bol des pistes. Les agropasteurs de cette oasis de montagne, enclavée à l’extrême nord-ouest de la wilaya des Ziban, qu’aucun taxi ou transport en commun, public ou privé, ne relie à Sidi Khaled, chef-lieu de la daïra situé précisément à 200 km et dont dépend administrativement El Bayadh, entendent protester vivement par cette grève, contre l’oubli et la hogra dont ils semblent faire l’objet. « Depuis belle lurette, disent-ils, nous réclamons d’autres moyens de transport scolaire pour nos 80 collégiens, sans qu’on nous prête une oreille attentive. » En effet, le minibus qui leur a été affecté, il y a de cela plusieurs années, ne suffit plus à convoyer tous les enfants, pour la plupart des garçons. « Les filles on n’en parle pas ; elles arrêtent leur scolarité à la fin du cycle primaire. Il n’est pas question d’envoyer chaque jour une adolescente étudier à 100 km du domicile paternel ! », ajoutent les parents d’élèves. Certains habitants ajoutent : « Vivement le nouveau découpage, nous demanderons alors le rattachement pur et simple de notre région soit à la nouvelle wilaya de Bou Saâda, soit à la wilaya de M’sila, puisque Biskra nous ignore. Interrogé, le chef de la daïra de Sidi Khaled nous répond qu’effectivement les collégiens d’El Bayadh et d’Oum Gred n’ont rejoint leur classe que samedi dernier, après l’affectation d’un deuxième bus de ramassage scolaire. « Cependant, nous nous sommes déplacés à El Bayadh, et avec les représentants de la population, nous avons discuté, jusque tard dans la nuit, de tous les problèmes, y compris l’ouverture d’une annexe du CEM à El Bayadh où le problème de goudronnage de la piste sera résolu dans le programme de l’appui à la relance économique prévu pour 2005-2009 », a-t-il indiqué.

Par Bachir Mebarek

 

 


Par Ouled Harkat - Publié dans : Actualités
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